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Gilbert Sinoué, écrivain de multiples fois récompensés pour ses romans historiques et co-auteur avec François Busnel de la série Les Grands Mythes (Arte, 2016) nous livre ici un roman historique centré sur la Préhistoire intitulé À l’aube du monde. Le livre se divise en deux parties, une sur le Paléolithique, l’autre sur le Néolithique.



Auteur : Gilbert Sinoué

Éditeur : Robert Laffont

Genre : Roman historique

Sortie : 2023

Nationalité : Français-Egyptien

Pages : 242 pages

Résumé : Dans ce roman aux confins de l’histoire et de l’imaginaire, Gilbert Sinoué raconte le périple des premiers hommes, de l’ouest de l’Afrique à la péninsule Arabique.
En quête d’une terre aussi hospitalière que mythique, ils entament une marche longue et périlleuse. Ponctuée de la découverte du feu, d’affrontements avec les forces de la nature et de questionnements sur leur propre évolution.
Entre rivalités et transmission, voici l’aventure extraordinaire de nos ancêtres.

Note : 4 sur 5.

Le roman de Gilbert Sinoué est original. Rare sont les romans historiques qui font la part belle à la Préhistoire, quel plaisir de voir cette immense période de plusieurs millions d’années sous la prose d’un écrivain égyptien francophone. À l’aube du monde raconte dans sa première partie l’histoire du peuple Mahalis il y a plus de 100 000 avant notre ère, notamment de la tribu dirigée par le chef Kaloum. Ce peuple en raison d’un accroissement des sécheresses, de la disparition de la biodiversité, et donc d’à boire et à manger, cherche de meilleures terres. Les Mahalis vont migrer de l’Afrique l’est jusqu’aux actuels Emirats Arabes Unis, dans cette période que l’on nomme le Paléolithique. Le Paléolithique, âge de l’ancienne pierre, est une période où les Homo sapiens côtoient d’autres espèces du genre homo, et durant laquelle ils sont chasseurs-cueilleurs et nomades. Durant cette période de réchauffement climatique, les humains migrent et suivent les espèces dont ils se nourrissent. En somme, ils remontent tous vers le nord. Gilbert Sinoué s’appuie sur les recherches archéologiques situées à Djebel Faya (Emirats arabes unis) réalisées en 2011. Le site a livré des outils datant de 125 000 avant notre ère. Les plus anciennes traces humaines hors d’Afrique à l’époque. Aujourd’hui, nous avons retrouvé un ossement d’Homo sapiens dans la grotte de Misliya (Israël) de plus de 170 000 ans avant notre ère. Pour Gilbert Sinoué, les Homo sapiens ont quitté l’Afrique non pas en passant par le désert du Sinaï, mais par le détoit de Bab-el-Mandeb, entre la corne de l’Afrique et l’actuel Yémen que la mer Rouge sépare. C’est dans ce contexte que se livre le premier récit dans lequel il décrit aux lecteurs le mode de vie des populations du Paléolithique.


La deuxième partie du roman À l’aube du monde de Gilbert Sinoué se déroule plus de 100 000 ans après la première partie, soit en 1500 avant notre ère ! Dans cette deuxième partie du roman historique, les Homo sapiens ont un mode de vie radicalement différent. Nous ne sommes plus dans le Paléolithique, mais dans le Néolithique. Cette période voit les humains devenir agriculteurs, éleveurs et sédentaires. Mais pas que ! S’il y a sédentarisation, il y a village, puis ville, puis cité avec un chef d’État et des croyances qui se transforment parfois en véritable religion. Il y a aussi de vives guerres, notamment pour des territoires, et des peuples qui vivent différemment. On suit l’histoire de Badr, visiblement un descendant de Kaloum, qui était un chef des Mahalis, qui quitte son village d’agriculteurs pour aller sur la côte et devenir pêcheur de perles. Ainsi, deux sociétés se distinguent alors qu’ils ne vivent qu’à trois jours de marche. Si Badr cherche à trouver des réponses aux contes familiaux, il découvre une société de pêcheurs différente de la sienne. Il apprend le commerce de la perle, découvre le palais du prince Aswar qui dirige un territoire aux relations économiques régionales. En bref, une société organisée autour d’un chef, qui s’est spécialisée dans une production économique, avec leurs propres croyances. Une société radicalement différente des populations paléolithiques.


Découvrir la Préhistoire autrement

[CR] Qui est Néandertal ?

L’ouvrage collectif « Néandertal » publié en 2018, dirigé par Marylène Patou-Mathis et Pascal Depaepe, offre une synthèse mise à jour sur l’Homme de Néandertal. Il aborde divers aspects de la vie et de la disparition de cette espèce, incluant sa cohabitation avec Sapiens et des débats tels que le cannibalisme supposé.

Exposition : La Somme des Préhistoires au musée de Picardie

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C’est là où réside le plaisir de lire le roman de Gilbert Sinoué. Si on excepte le tigre à dent de sabres qui apparaît sur la première de couverture (parce que l’homme n’a jamais côtoyé cet animal), le roman historique est bien travaillé. S’il y a un lien entre les deux parties, on pourrait croire à deux romans différents. On se plait à lire et à (re)découvrir les différences écrasantes entre le peuple des Mahalis dirigé par Kaloum qui sont désespérés d’avoir perdu leur feu volé par une autre tribu, et la vie de Badr qui part de son village d’agriculteurs vers une société de pêcheurs sur la côte. Dans le premier récit, on y découvre un peuple nomade, chasseur-cueilleur, en grandes difficultés, qui vivent avec un mode de vie très différent que les sociétés du deuxième récit qui maîtrisent l’irrigation, la pêche en bateau, le commerce. Il y a bien sûr au Paléolithique les premiers balbutiements de ce que les humains sauront maîtriser au Néolithique : comment les pousses germent dans le sol, le troc d’objets ou de maîtrises techniques comme savoir faire du feu ou un arc.

En bref, c’est un roman historique qui permet de s’intégrer une chronologique de la Préhistoire dans la tête. Son écriture est vraiment accessible à des collégiens, un livre à recommander pour cette tranche d’âge, encore plus à des 6e (s’ils sont bons lecteurs) puisque la Préhistoire est au programme.

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